Histoire de la chouannerie sarthoise

La chouannerie en Sarthe

 

La Chouannerie : toute une épopée – gommée de l'histoire officielle – constituée d'hommes et de femmes qui osèrent se révolter pour défendre et conserver un bien inaliénable : la liberté de conscience. Faite d'actions sporadiques ou d'actes isolés, la chouannerie, de par sa nature même peut présenter, de prime abord, un caractère assez confus (une recension complète de toutes les actions entreprises demanderait des pages et des pages…), aussi  dans le cadre de ce site,  nous sommes-nous attachés à ne retenir que les lignes générales de cette grande saga, avec ses causes et ses effets, qui vous feront découvrir cependant le vrai visage de la chouannerie.

 

  

Vendéens ou Chouans ?

Bien que de même essence, la Chouannerie ne doit surtout pas être confondue avec la Vendée.

Aussi nous apparaît-il opportun de mettre l'accent sur les aspects essentiels différenciant les armées vendéennes et la chouannerie, dans la durée et l'espace. Si, en 1793, les mêmes causes produisirent les mêmes effets, les deux entités entrèrent en contre-révolution sur des modes opératoires différents. Les paysans vendéens, de tous temps attachés à leurs nobles, invitèrent ceux-ci à se mettre à leur tête, se confiant à leurs talents militaires. Ils finirent par constituer ce qu’on appela la Grande Armée Catholique et Royale, opérant sur le territoire du  Bas-Poitou pour ce qui concerne la majeure partie du département de la Vendée et l’ouest des Deux-Sèvres, ainsi que sur les parties du Maine-et-Loire et de la Loire-Atlantique situées sous la Loire. A l’exception de « la Virée de galerne », épopée dont l’un des derniers actes se déroula au Mans (10-13 décembre 1793), les Vendéens ne combattirent  pas hors de ce territoire, appelé Vendée militaire. L’Armée vendéenne ne survécut pas à son dernier chef, Charette, pris et fusillé dans les derniers jours de mars 1796.

 Si la chouannerie émergea elle aussi en mars 1793, ce fut dans les départements du nord de la Loire, couvrant le Maine et le Haut-Anjou, ainsi qu’en Basse-Bretagne ; elle s’étendit, plus tard, à l’ensemble de la Bretagne et à la Basse-Normandie, embrasant la majeure partie de l’Ouest. Le caractère fort indépendant des habitants de ces contrées leur fit adopter un style d’opération complètement différent de celui de la Vendée militaire. Là, point d’armée, point de nobles mais, dans chaque paroisse, une compagnie, avec à sa tête un capitaine élu, parfaitement autonome et, en général, très jaloux de son autorité. Ces compagnies, au début essentiellement des paysans, qui pourront comprendre aussi bien vingt hommes que cent ou plus agiront seules ou en se regroupant à plusieurs selon l’importance estimée de l’opération envisagée. La méthode d’action adoptée sera la pratique de la guerilla, se traduisant généralement par des embuscades contre les convois et les troupes bleues (1) ou des coups de main dans les villes. La chouannerie de la Révolution, partagée en trois périodes, cessera en 1800 lorsque Bonaparte aura mis fin aux persécutions religieuses. Sept ans de guerre civile, une douzaine de départements embrasés, des morts par milliers et des haines inexpiables, voilà ce qui pourrait constituer un abrupt résumé de cette période. 

(1) Ainsi appelées à cause de la nouvelle couleur de leur uniforme

 

Les causes d’une scission

Mais comment en est-on arrivé là ? La question est vaste, aussi ne retiendrons-nous que les points essentiels. Sachons que dès 1788 apparaissent les premiers troubles, suscités par les parlements qui tentent d'obtenir u roi d'importantes réformes structurelles. De son côté la (grande) noblesse s'oppose farouchement à tout changement ouvrant ainsi la voie à la bourgeoisie qui, de ce moment sera perçue comme la seule force d'opposition apte à imprimer le changement.

L'état désastreux des finances du royaume contraint Louis XVI à convoquer les Etats généraux, qui s'ouvrent le 1° mai 1789 à Versailles. Parmi les 578 députés du tiers état figurent bien entendu ceux du Maine, que nous allons citer. Plus que leurs noms retenons plutôt leurs qualités : Anjubault de la Roche, juge du comté-pairie de Laval; Livré, échevin du Mans, Jouye des Roches, lieutenant général au présidial du Mans; Maupetit, procureur du roi à Mayenne; Lasnier de Vaussenay, négociant à Laval; Guérin, maître des grosses forges de la Gaudinière à Sougé (53); Ménard de la Groye, conseiller au présidial du Mans; Delalande, maître particulier des Eaux et Forêts du duché de Mayenne; Gournay, avocat au parlement de Mayenne; Chenon de Beaumont, conseiller à l'élection du Mans. C'était pour le peuple, le vrai, (la paysannerie représentait alors 85% de la population) se bercer d'illusions que de croire un seul instant à la sollicitude de ces grands bourgeois envers leur sort, la suite va vite le démontrer.

Pour commencer et en toute illégalité, ils transforment, le 17 juin, les Etats généraux en Assemblée nationale, ce sera le premier coup de force de la Révolution, suivi d’une longue série. Puis vient très vite la question religieuse, qui sera le nœud gordien de la décennie révolutionnaire. Dès le 2 novembre 1789 la nouvelle assemblée, devenue constituante, dont les finances sont au plus bas, décide de nationaliser les biens du clergé, proie évidemment tentante au regard de l'évaluation de sa fortune, laquelle correspond - cela tombe plutôt bien - au montant de la dette de l'Etat !  Ce sera une autre désillusion pour le peuple des campagnes, qui espérait pouvoir acquérir à bon compte quelques lopins de terre. Les biens ecclésiastiques furent vendus aux plus offrants, c’est à dire aux bourgeois des villes et aux plus riches laboureurs. De cet instant naquirent de solides rancunes.

Le 12 juillet 1790 fut votée la Constitution civile du clergé, par une assemblée non mandatée, et qui s'avérera être l'erreur majeure des révolutionnaires. Prêtres ou évêques, devenus des salariés de la Nation étaient désormais élus sur le même mode censitaire que les députés, par un collège qui pouvait contenir tout aussi bien des protestants, des juifs ou des athées, et d'où étaient exclus l'immense majorité des catholiques pauvres! Chaque ecclésiastique devait prêter un serment à la Nation, de ce moment il ne relevait plus du pape ce qui, chez beaucoup entraîna de douloureux cas de conscience. Si, en Sarthe 444 prêtres, les jureurs, prêtèrent le serment, 632 le refusèrent devenant autant de réfractaires soumis à toutes les vexations du nouveau pouvoir avant que d'être mis hors la loi, poursuivis, exilés ou condamnés à mort sinon affreusement massacrés. Ces persécutions puis la fermeture des églises, furent regardées comme autant de sacrilèges par l’ensemble d'une population alors profondément religieuse et qui considérait les curés jureurs comme des apostats. Refusant d’être spirituellement abandonnée, la grande majorité de la masse paysanne, condamnée désormais à vivre sa religion clandestinement, se coupa définitivement des édiles. La question religieuse  fut le ferment de la contre-révolution à venir. Pour le faire lever d’autres sujets de mécontentement ne manqueront pas tels les enrôlements plus ou moins forcés des fils, dont les bras vont faire défaut sur l’exploitation familiale, les réquisitions des grains, des chevaux et du bétail, souvent prétexte pour la troupe à des vols, viols et pillages, l’obligation d’aller livrer ses denrées, le tout payé en assignats, autrement dit en monnaie de singe, tandis que le montant de l’impôt finit par excéder celui réclamé sous l’Ancien Régime ! L’arrêt du commerce international, dû aux guerres, et l’exil des grandes maisons nobles, pourvoyeuses de fortes commandes, induiront un important chômage ; enfin la suppression des ordres religieux, traditionnels dispensateurs d’aumônes, donnera le coup de grâce à la fabrication des étamines, fleuron de l’industrie du département. 

 

Une exaspération croissante

Le 8 mars 1792 un ordre émanant du directoire départemental (2)enjoignant à tous les prêtresi nsermentés de se regrouper au Mans, à la Mission, finit d'exaspérer les populations. Le 26 mars, à Montreuil-en-Champagne, paroisse de 300 habitants- aujourd'hui hameau de Joué-en-Charnie- où officie le curé réfractaire La Roche lui aussi appelé à rejoindre Coêffort, un rassemblement considérable de 4 à 500 individus venus pour la plupart des paroisses voisines  « armés de fusils, de fourches de fer, faulx, pistolets et bâtons... exigent le maintien de leurs curés et la cessation de la dictature des municipalités de Loué et Brûlon » Il est vrai qu’alors nombre d’administrations mises en place par le nouveau pouvoir ne représentent guère qu’elles-mêmes et restent totalement coupées de la grande majorité de leurs administrés, à l'exemple d' Epineu-le-Chevreuil où, sur un millier d'habitants, 900 étaient catalogués comme opposants !

D'autres manifestations ont lieu à Chevillé (près Brûlon), au Grand-Lucé, à Mamers puis de nouveau à Montreuil en juillet. Cette fois, la municipalité d’Epineu  décide d’employer des moyens coercitifs envers ses ressortissants, elle décrète que lui soient remis «  tous les armements et instruments arratoires tels que faux, faussiles, fourches, broques, pelles, etc... »

A la veille de la moisson, ce n'est pas très judicieux, aussi les paysans s’opposent-ils à cette démarche incongrue, mais rien n’y fait et le 5 août, la force armée est envoyée faire la tournée des fermes afin de confisquer les instruments de travail des cultivateurs. Ce qui, on s’en doute, ne se passa pas sans heurts ni résistances et valut à 47 récalcitrants d’être arrêtés et emprisonnés ; transférés plus tard dans les prisons de Chartres, d’Etampes ou de Corbeil un grand nombre périt de maladie ou de privations. Le même sort attendait 161 personnes, tant hommes que femmes, de Saint-Symphorien, arrêtées le 19 décembre 1792 pour avoir refusé d'aller à la messe du curé constitutionnel. Pareil délire existait à Segrie ou à Loué où 56 habitants furent présentés au juge pour avoir osé réclamer leur ancien curé…

 (2) Le directoire départemental, comprenant 8 membres, était l'exécutif de l'administration départementale (ancêtre de notre conseil général) composée de 36 membres, qui assurait la gestion du département.

Gardes nationaux 

Il est vrai que les églises restaient désespérément vides, fréquentées seulement par les autorités révolutionnaires contraintes, malgré leur peu d'enthousiasme religieux, de se faire les  propagandistes des curés intrus, ce qui n'était pas le moins cocasse !

 

Comme on peut le penser, le ressentiment, dans les campagnes fut vif et omniprésent : « nous sommes plus pauvres, payons plus d’impôts, n’avons plus le droit de pratiquer notre religion, sommes écartés du pouvoir, on réquisitionne nos bêtes, notre matériel… ».

Accaparés par les travaux estivaux les paysans se tinrent, un moment, tranquilles. Mais, durant l’hiver ils eurent tout loisir de ressasser leur rancœur Sans doute furent-ils atterrés par la journée du 10 août et les massacres de septembre suivis, le 21 janvier 1793, de l'exécution du roi lequel, dans les campagnes, faisait figure de demi-dieu. Cruellement privés de leurs traditionnels guides spirituels, jusque là chargés de l'instruction de leurs enfants et dispensateurs en outre d'aumônes dont ils auraient eu bien besoin à la suite de cette année 1792 où le blé s'était fait rare, l'idée petit à petit fit son chemin que, pour retrouver les "bons prêtres" il fallait agir pour le retour de la royauté. C'est ainsi que nombre d'individus qui, dans les débuts de la Révolution, avaient applaudi aux idées nouvelles sans se préoccuper outre mesure du sort du roi se muèrent, à la suite des persécutions religieuses, en de fervents royalistes. La situation était devenue explosive, il ne manquait que l'étincelle propre à tout enflammer.

 

Massacres de septembre 1792.

 
 

 
 

 
 

 

 
 

 
 

 

 
 

 

 

 
 

 
 

 

 
 

 

 

 
 

 

 

 

L’explosion

Elle aura lieu le 11 mars 1793, le jour du tirage au sort fixé par le gouvernement dans le cadre de la levée de 300 000 hommes destinés à aller combattre aux frontières. Ce jour là l'effervescence est portée à son comble. Comment, après toutes les vexations, les turpitudes endurées, il faudrait encore aller se battre pour un régime abhorré, ennemi déclaré de la religion ? Et alors même que les différents fonctionnaires (élus, officiers publics, commissaires, curés jureurs, juges, &), mis progressivement en place un peu partout, où ils se comportent souvent en petits tyrans locaux, jouissent de l’exemption. Non, il n’est assurément pas question de partir! Dans différents bourgs, de nombreux heurts et bagarres ont lieu avec la force armée. Une véritable insurrection se produit aux confins de la Charnie ; il s’y forme une troupe de 5 à 600 protestataires plus ou moins armés, ayant à leur tête celui qui allait rapidement devenir le chouan le plus redouté de la Sarthe : Louis Courtillé dit Saint-Paul. Sous sa conduite, la troupe se dirige sur Le Mans, envahissant les faubourgs, mais l’action, insuffisamment préparée, échoue. De ce jour, néanmoins, on peut dater l’acte de naissance de la chouannerie dans la Sarthe, laquelle, par périodes, perdurera jusqu’en 1832. 

 

Très vite, sur le département, les insurgés s'organisent. Saint-Paul avait il est vrai pris une longueur d'avance puisque, à la suite des évènements d'Epineu de l'été précédent, ce jeune homme de 24 ans, pour ne pas subir le sort de ses maîtres emprisonnés avait, en compagnie de quelques camarades de son âge, gagné les abords de la forêt de la Petite Charnie où ils avaient  aménagé, en un lieu baptisé le camp de la Vache noire (qui existe toujours), une base propre à accueillir tous les proscrits. Après le 11 mars 1793 ce camp abritera régulièrement autour de 600 hommes répartis en une dizaine de compagnies de paroisse, ce sera le bataillon de la Charnie. Saint-Paul, un peu mystique, que l'on décrit comme étant plutôt petit, avec de longs cheveux blonds, imposera à ses hommes une stricte discipline et, prêchant d'exemple, saura insuffler à sa troupe un allant et un mordant inégalables.

 

A Auvers-le-Hamon, Christophe Chevreuil, dit Armand, organisa les insoumis qui, après le 11 mars s'étaient groupés dans les landes de Poibelle. A l’automne 1793 il bénéficiera d'un apport qui fera compter à son bataillon 6 à 800 hommes. Le 12 septembre en effet, à la suite d'un nouvel ordre de réquisition (pour aller combattre les paysans vendéens en Anjou) décrété le 23 août1793, les habitants de Brûlon et des environs, rassemblés par leur municipalité se concentrèrent sur le chef-lieu du canton pour y désarmer la garde nationale. De Brûlon ils se dirigèrent ensuite vers Poillé-sur-Vègre, mais les citoyens de ce bourg se mirent en demeure de résister et tirèrent sans sommation sur l'avant-garde, composée essentiellement de femmes. Il y eut des morts et des blessés, et les insurgés se dispersèrent alors, les uns rentrant dans leur foyer, les plus jeunes se cachant et rejoignant les insoumis d'Armand.

Car la répression de cette manifestation plutôt pacifique fut terrible et absolument disproportionnée: on rassembla 5 000 hommes de troupe et, après des battues dans les bois et les villages plus de 1 200 paysans furent arrêtés y compris femmes et enfants. 11 suspects  furent condamnés à mort et guillotinés place des Halles au Mans, 24 tués par la troupe et 184 moururent dans les prisons de Chartres, Rambouillet, Orléans, Corbeil, &.

 

Dans les environs de Sablé, nous verrons opérer Marin-Pierre Gaulier, dit Grand Pierre. Il commandera une division d'au moins 1500 hommes dont 50 cavaliers, sur les franges de la Mayenne. Ses soldats, très bien équipés, portaient un habit bleu et gris, ses officiers, des écharpes bleues. Sur Beaumont/Fresnay nous aurons Charles-René Tilly dit d'Escarboville; Guyot de la Poterie alias Arthur, commandera sur Château du Loir et la forêt de Vibraye, tandis que Chrétien occupera  la lisière est du département autour de La Ferté-Bernard. Il y aura, enfin le bataillon de la banlieue du Mans.                                                                     

                                                                                                

D’incessants combats

Mis hors-la-loi tous ces jeunes gens ne vont pas rester inactifs, il s'en faut. En octobre, Saint-Paul accroche la forte garnison du poste républicain de Chassillé, à la Groie peu avant le bourg, et la fait battre en retraite. C'est ensuite, toujours  sur la route de Laval, les combats de Riomer et de la Lune de Joué. Après la défaite vendéenne du Mans, Saint-Paul recueille au camp de la Vache noire des débris de l'Armée catholique dont il fait passer les éléments dans les bois de Mézeray et la forêt de Courcelles, sous le commandement de Châtelain, dit Tranquille, officier vendéen qui prend sous sa coupe le secteur La Suze/Malicorne.

 

Saint-Paul harcèle sans cesse les troupes républicaines aussi une grande manœuvre d'encerclement de la Charnie est entreprise en juillet 1794. On ne trouvera pas Saint-Paul, et pour cause, celui-ci  est passé en Mayenne, où il attaque le cantonnement du bourg de Parné (près Laval) s'emparant de toutes les armes des républicains. Il rentre en Sarthe: au château de Bois-Simon, près Joué-en-Charnie, où il contraint les bleus à la retraite, leur imposant deux nouveaux combats à la Groie, ainsi qu'à la Croix-Billot, sur Epineu. En septembre 1794 on le retrouve à nouveau en Mayenne où il bat les bleus à La Chapelle-Rainsouin, puis ce sera la "journée des neiges" à Livet-en-Charnie, où se déroule un rude combat.

 

Le 24 novembre 1794 une nouvelle tentative d'encerclement est opérée autour de la Charnie, mais les chouans réussissent à s'éclipser. Les troupes parties, ils attaqueront à nouveau les postes isolés, récupérant des armes et fusillant les espions qui avaient renseigné les autorités.

 

De son côté Armand s'empare, le 23 novembre, du bourg d'Auvers-le-Hamon.

Ce n’est qu’après l’été 1794 que l'est du département, jusqu'ici plus tranquille, commence à son tour à s'agiter: en septembre, le district de La Ferté-Bernard s’inquiète car : « des bruits se répandent que des contre-révolutionnaires parcourent les campagnes …. Agés de 20 à 30 ans, vêtus de veste d’étoffe couleur gris foncé, pantalon de toile en siamoise barré rouge, armés de fusils, baïonnettes, sabres et pistolets.» En même temps tout le Saosnois est parcouru par des bandes contre- révolutionnaires.

 

Les chouans maîtres des campagnes

Début 1795 la situation est telle que, le 4 janvier, le représentant en mission Génissieu écrit à la Convention: « La totalité du département de la Sarthe est dans l'état le plus effrayant. De toutes parts les fonctionnaires publics offrent leur démission, ne pouvant plus rester à leur poste; la terreur qu'inspirent les chouans a jeté dans leurs rangs une portion de ce qui était reconnue patriote."  Et, en écho, le comité révolutionnaire du Mans écrit à son tour le 10 janvier: "…si vous ne vous empressez pas de nous envoyer un nombre considérable de bonnes troupes, le département de la Sarthe sera perdu pour la République »

 

Ce même mois, la garnison de Malicorne tombe dans une embuscade à l'Aumônerie, près La Flèche, et est mise en déroute. A Sillé-le-Guillaume, les troupes ne peuvent plus sortir de la ville affamée. Neuvy-en-Champagne, Neuvillette, Neuvillalais sont investies, Bernay également. Dans le Belinois, les municipaux et les curés intrus sont sous la menace constante des chouans des landes du Bourray.

Pendant ce temps, Saint-Paul, de concert avec d'autres chefs, fait de grosses misères aux bleus en Mayenne, puis revient à la Charnie où il soutient des combats de nouveau à la Groie, sur Joué-en-Charnie et sur Epineu. Puis ce fut les "trois affaires de Pâques" où, pendant trois jours consécutifs, il se tira avec succès de combats à Joué, Rouez-en-Champagne et Epineu encore.

Le 30 mars 1795 à Saint-Cosme-de-Vair 350 chouans investissent le bourg, désarmant tous les républicains et faisant main basse sur toutes les armes qu’ils parviennent à découvrir. Le 9 avril les chouans de Nogent-le-Bernard avec Chrétien, et ceux de La Ferté tentent de s'emparer de cette dernière ville, cependant leur action, mal coordonnée, échoue. Le lendemain 10 avril les chouans de Nogent se rattrapent en investissant l'importante ville de Bonnétable, sans qu'aucun citoyen de ce chef-lieu ne s'y oppose. Fait assez extraordinaire, à leur tête se trouve une femme, Henriette de Sallet, l’une des filles du châtelain de Nogent. Puis, le 11 avril c’est autour de Parigné-l'Evêque d’être à son tour investie par une bande qui désarme les gardes nationaux.

 

 L’administration centrale du département est aux abois: « …les Chouans se multiplient prodigieusement…dans la très grande majorité des communes ils ont brûlé les archives municipales, les rôles des contributions, les matrices et les greffes des tribunaux de paix…les lois ne sont plus promulguées ni exécutées, les municipalités encore en fonction n’osent plus les recevoir, ni les commissionnaires le leur porter ; les acquéreurs de biens nationaux sont contraints de leur payer ou leurs fermages ou leurs annuités… » écrit-elle dès le 13 février. Le 13 avril, Dubois-Dubais, le représentant en mission, informe le Comité de Salut Public que :  « …le département de la Sarthe est en entier au pouvoir des chouans, il ne leur manque que les chefs-lieux de districts (3)… »

  (3) La Sarthe comprenait neuf districts, de plusieurs cantons chacun.

  

 

La Paix des dupes

Tout l'Ouest est insurgé, la Vendée et la chouannerie opèrent une véritable saignée dans les armées républicaines et les villes, privées de subsistances, sont complètement affamées, aussi le pouvoir, beaucoup moins radical depuis la chute de Robespierre (9 Thermidor/27 juillet 1794) - et qui  a besoin de toutes ses troupes aux frontières - cherche à négocier la paix. Hoche, général en chef de l'armée de l'Ouest propose l'amnistie pour ceux qui déposeraient les armes, le rétablissement officiel du culte (à nouveau toléré pour les départements de l’Ouest) et la dispense du service militaire. Les chouans, qui demeuraient les maîtres des campagnes se montrèrent assez réticents. Un traité de paix, dit de la Mabilais (près Rennes) fut bien rédigé, mais il ne fut signé, le 20 avril 1795, que par quelques officiers chouans sur les 120 présents, et on peut dire qu’il n’engagea guère que leurs personnes ; en Sarthe, les capitaines de paroisse ne prêtèrent aucune importance aux discussions. Officiellement, ce traité mettait cependant fin à la première chouannerie.

 

Ce traité, appelé "La paix des dupes" fut de courte durée. Au lendemain de la signature deux parlementaires chouans, L'Hermite et Geslin, se mettent en route pour rejoindre la Sarthe afin d’aller convaincre les différents chefs de mettre bas les armes. Arrivés à Saint-Denis-d'Orques le 29 avril, ils sont arrêtés par le poste républicain et, malgré la présentation de leurs sauf-conduits, sont adossés au talus et fusillés séance tenante ! Cet exemple édifiant souligne assez l'indiscipline qui régnait alors dans les armées républicaines. Il est de fait que le vandalisme systématique des bataillons de volontaires, les pillages et les excès de toutes sortes suscitèrent un rejet total envers les républicains et contribuèrent plus que tout à la prolongation de cette guerre fratricide. Hoche lui même s’en désolait : « j’ai l’âme déchirée de voir la conduite de la malheureuse armée que je commande. Tous mes ordres, tous les arrêts possibles n’en changeraient pas l’esprit ; c’est la peine de mort qu’il faut faire subir sur le champ aux scélérats qui se sont familiarisés avec l’assassinat, le vol et l’incendie. La loi n’a plus aucune puissance dans nos mains… » et, un peu plus tard  : « …il n’est de sorte de crimes que n’aient commis les soldats de l’armée. Le viol, l’assassinat, le pillage, rien n’a été excepté… Ce sont principalement les officiers que je rends responsables… Je ne connais pas de métier plus horrible que de commander à des scélérats qui se repaissent de tous les crimes ».

 

 

 

La seconde chouannerie

Pillage par les troupes républicaines

Malgré les provocations des bleus, certains chouans, fatigués des combats, sont disposés à déposer les armes lorsque, dans la nuit du 27 au 28  mai 1795 le représentant en mission Dubois-Dubais fait arrêter onze des royalistes signataires de la paix. Ce n'est pas un hasard, la paix de Bâle vient d'être signée et le gouvernement, possédant désormais des troupes disponibles, s'estime assez fort pour "pacifier" les régions insurgées. Ce sera, en tout cas le détonateur de la seconde chouannerie.

 

Après la moisson, les hostilités reprennent: à Beaumont-sur-Sarthe, Tilly d'Escarboville, chef d'un bataillon de 500 hommes, est rejoint par la troupe de Saint- Paul; ils battent les bleus à La Bazoge, puis au Tronchet, à Soulgé-le-Ganelon et à Mont-Saint-Jean. A Parennes, le 16 octobre 1795, Saint-Paul attaque un  gros convoi de grains, d'armes et de munitions, fortement escorté, les bleus perdent une quarantaine d'hommes et abandonnent tout le convoi aux chouans. Puis ce sera l'attaque de l'église fortifiée de Chassillé, siège d'un casernement de bleus honnis par la population depuis qu'ils se sont spécialisés dans le viol collectif des filles et femmes de la région, dont plusieurs perdront la vie des suites des sévices endurés. Les chouans attaqueront ensuite Poillé-sur-Vègre, Domfront-en-Champagne … A ce moment l'Administration départementale n'administre plus guère que la ville du Mans car, de son propre aveu  «la majeure partie de nos cantons est dominée par les chouans qui les tiennent sous le joug. Sur 53 cantons, à peine une vingtaine sont organisé et en activité, les prétendants aux fonctions administratives se récusent devant les menaces de mort et de pillage… »

 

Le 26 janvier 1796, des chouans déguisés en soldats de la République s'emparent, au Mans du poste de la Visitation enlevant 14 fusils et 400 paquets de cartouches. Ce même mois le comte de Rochecotte est désigné par l'Agence royaliste de Paris pour être le commandant du Maine, en remplacement du comte de Médavy. Il installe son quartier général au château de Rouillon. Peu de temps après il attaque Saint-Mars-d'Outillé  avant que d’être blessé lors d'un engagement à Vallon-sur-Gée ; ses troupes vont alors rejoindre celles de Saint-Paul au camp de la Vache noire où, de concert elles vont attaquer de nouveau Brûlon, s'emparant du château, siège d'un casernement, qu'ils détruisent et brûlent.

 

Le dernier combat de Saint-Paul a lieu le 26 février à Amné-en-Champagne, c'est celui du Mont-Livois, Il avait eu vent qu'un important convoi  d'assignats, de munitions et de fusils devait se rendre de Chassillé à Sillé-le-Guillaume; il réunit 300 chouans qui tendent une embuscade aux bleus en nombre sensiblement équivalent. Ce fut, sur le territoire de la Sarthe le combat le plus acharné et le plus sanglant de toute la chouannerie ; les bleus furent repoussés vers la rivière de la Vègre et anéantis, mais Saint-Paul y fut blessé, pas très grièvement toutefois, et ce n’est qu’à la suite d’une malheureuse imprudence qu’il mourût trois semaines plus tard. Il avait soutenu depuis trois ans plus de soixante combats, presque tous victorieux.  Claude-Augustin Tercier, un rescapé de Quiberon, fut désigné comme son successeur.

 

Les autorités républicaines, durement affectées par le désastre du Mont-Livois attaqueront à nouveau, le 18 mars, le camp de la Vache noire: ils réussiront à disperser les chouans qui s'y trouvent, mais perdront une vingtaine d'hommes.

 

Un nouveau traité de paix

Cependant la Vendée agonise. Stofflet et Charrette viennent d'être pris et fusillés (les 25 février et 29 mars 1796). Hoche peut désormais envoyer de nombreux renforts pour balayer la Sarthe. Harcelés par les colonnes mobiles, pourchassés de jour comme de nuit par des troupes aguerries et beaucoup plus nombreuses les chouans fuient de village en village et se cachent dans les forêts. A bout de souffle, ils finissent par accepter de traiter. Tilly et La Poterie rencontrent le général Watrin,  nouveau commandant pour la Sarthe, qui déploya une très forte activité outre une certaine modération dans la répression, au contraire de son collègue Chabot, exerçant en Mayenne dont le mot d’ordre était : « Pillez ! Violez ! Volez ! »

Au bout de trois semaines de négociation, les chouans sarthois obtiennent une paix, signée le 30 juillet 1796, avec des conditions assez avantageuses, du moins sur le papier :

-         L'amnistie pour les chouans, qui pourront rentrer dans leurs foyers.

-         La dispense du service militaire pour les jeunes gens de la réquisition.

-         La possibilité, pour les prêtres qui n'ont pas quitté le pays, de pouvoir exercer leur fonction en toute liberté.

C’est, toutefois, une paix relative car les autorités locales, qui n'ont aucune réelle volonté d'apaisement, vont continuer les vexations entretenant de cette manière un climat permanent de ressentiment. 

 

En avril 1797 va se produire un événement de la plus grande importance. Depuis l'installation du Directoire (octobre 1795) un semblant de vie démocratique paraît s'être mis en place, permettant ainsi au parti royaliste d'être enfin reconnu comme entité politique et nombre de ses membres siègent désormais dans le nouveau corps législatif. Lors du renouvellement du 9 avril 1797, une nouvelle vague électorale amène en nombre les royalistes ce qui, du coup leur donne la majorité ! Dès lors les choses vont considérablement changer dans tout le pays car la nouvelle administration va tenter, en effet, de rétablir un Etat de droit pour mettre fin aux abus et à l'arbitraire qui caractérisaient jusqu'ici la Révolution. 

Ce répit ne sera cependant que de courte durée, car si le corps législatif avait changé de majorité il n’était entré au Directoire, organe exécutif de la Nation, qu’un seul élu de la nouvelle majorité. Craignant pour leurs prébendes, trois des Directeurs alors en place eurent une idée géniale de simplicité : s’appuyant sur l’Armée, sans laquelle rien n’eut été possible, ils firent arrêter, le 4 septembre 1797 (ce sera le coup d'état du 18 fructidor), les députés les plus marquants de la nouvelle majorité, qu’ils firent expédier à Cayenne, d’où bien peu reviendront. Puis, après avoir destitué leurs deux collègues restants (4), ils cassèrent tout bonnement les élections partout où elles leurs avaient été défavorables, c’est à dire pas moins d’une cinquantaine de départements ! Dans tous les endroits où les gens avaient « mal voté » les administrations furent épurées. Désormais, une nouvelle terreur s'abattit sur le pays avec des exactions opérées sur les chouans amnistiés qui, comme les présumés monarchistes, les prêtres réfractaires de nouveau cachés ou les émigrés rentrés, étaient souvent abattus sur place ou traînés à la guillotine. Sous prétexte de  chasse aux suspects on assistera à nouveau à des rafles et réquisitions permanentes dans les châteaux, les fermes et les  maisons. Acculés, les chouans préféreront alors reprendre les hostilités, au risque de périr au combat, plutôt que de mourir en prison. Ainsi va voir le jour la troisième chouannerie.

 (4) Rappelons que le Directoire était composé de cinq Directeurs.

Fructidor : les députés "mal pensant" sont arrêté

Le 11 novembre 1797 au Mans, le commissaire départemental, Maguin, est abattu près de la place de la Sirène. Le 1° décembre, c'est au tour de Bouteloup, l'ancien maire de Rouillon, qui avait sur la conscience le meurtre, après les avoir détroussé, de nombreux vendéens égarés lors de la bataille du Mans. A la suite de plusieurs assassinats par la troupe (à Poillé, Auvers-le-Hamon, …) Armand se remet en campagne et les chouans se réorganisent. Sous l'impulsion de Tercier, devenu l'adjoint de Rochecotte, un état-major est reconstitué où l'on voit une majorité de nobles, rentrés pendant la période d’accalmie,  essayer de donner une organisation plus militaire aux troupes disparates des chouans ; de nombreuses caches sont aménagées, à la campagne mais aussi en pleine ville, comme au Mans, rues du Doyenné, de la Verrerie, Saint-Vincent, de la Paille, place du Château, ou des Halles, dans une des tours de l'enceinte… Rue des Falotiers, les chouans de passage trouvaient un abri, avec la complicité de la femme du commissaire de police ! Les prêtres sont cachés dans de nombreuses maisons, assurant clandestinement le culte. Tout un réseau de correspondance est mis en place avec même l'emploi de pigeons voyageurs à l'hôtel de la Rose (sis place Saint Vincent).

 

Faux-chouans et contre-chouans

Après Fructidor, pour le pouvoir tous les moyens sont bons pour tenter de discréditer la chouannerie. Le ministre de la police, Sotin, imagine de recruter des faux-chouans (tirés pour la plupart du bagne de Brest) qu'il destine à terroriser les campagnes en se faisant passer pour des chouans authentiques. Bien entendu, aucun paysan ne sera dupe de ces chauffeurs aux cheveux un peu courts et à l’accent ne répondant guère aux intonations sarthoises! Un gendarme, qui avait accepté de se travestir en chouan, fut retrouvé poignardé près de Saint-Denis-d'Orques ; un capitaine de grenadiers envoyé par le Directoire, subit le même sort en février. Mais, par dessus tout, la lettre secrète adressée le 13 mars 1798 par Sotin au général Oudard, des troupes de l'Ouest, est révélatrice de la conception que pouvait se faire de sa fonction un ministre de la République: 

« Il faut que la Chouannerie soit déshonorée dans ses œuvres vives: les ministres de l'Intérieur et de la Guerre vous donnent des instructions dans ce sens; moi je vous annonce quelques centaines d'hommes d'exécution que vous pouvez employer à tout. Je vous envoie des Jacobins qui, nuisibles à Paris…rendront d'immenses services. Ce qu'ils détestent le plus en ce monde, ce sont les Chouans; laissez-les faire et ils iront plus loin que tous les insurgés. Donnez leur de la besogne, qu'ils compromettent par de bons excès tous ces gens qui enlèvent si audacieusement les deniers de l'Etat, qu'ils soient barbares en criant:" vive le Roi" et en priant le ci-devant bon Dieu. Faites dresser des procès-verbaux par les compères des administrations départementales. Qu'on m'adresse tout cela avec des détails horribles et des circonstances saupoudrées de larmes, et le reste me regarde

 

On essaya aussi les contre-chouans, c'est à dire des militaires, au nombre d'une quinzaine,  dont la mission était d'infiltrer les chouans aux fins d'espionnage. Là aussi les résultats ne furent pas fameux. Après une série d'avatars dont le moindre ne fut pas d'être pourchassés par les bleus (les vrais !) les contre-chouans, passablement dégoûtés (l'un sera démasqué et fusillé par les chouans), demanderont tous, sans exception, à rejoindre leur corps. 

                 

Entre temps, Rochecotte, trahi par son officier d'ordonnance, était pris à Paris et fusillé au Champ de Mars le 7 août 1798.Tercier, son adjoint, un instant emprisonné lui aussi à Paris, puis libéré faute de preuves, regagne le Maine au printemps 1799, mais il récuse la charge de général en chef et fait accepter à ce poste le comte de Bourmont, nommé le 23 juin 1799 par Louis XVIII. Bourmont débarque en France en septembre.

 

Le 1° janvier 1799, Bergue, le commissaire de police du Mans a été assassiné à son tour. Les campagnes sont de nouveau chouannées ; le 30 janvier, le commissaire exécutif de Loué reconnaît être « …tellement menacé…qu'il ne couche plus depuis trois décades dans sa maison qui, cependant, n'est éloignée que de deux ou trois portées de fusil du bourg…Nous voilà réduit à être prisonnier dans notre bourg ». Celui de Rouez-en-Champagne, craint pour sa vie et désigne déjà ses assassins ; pris d'un remords subit quoique bien  tardif, il propose de revendre ses biens acquis de la Nation !

On pourrait multiplier ainsi les exemples : au printemps, « on ne compte à La Bosse, que 4 à 5 républicains, 8 à La Chapelle du Bois, 5 ou 6 à Nogent-le-Bernard… et un nombre effrayant de gens mal intentionnés  passent journellement dans ce canton » Le commissaire de Lavardin est tout autant désolé car, précise-t-il le 19 juillet «…il y a des républicains à Domfront, mais cette commune est infiniment en dessous de sa réputation; les républicains y sont en trop petit nombre, il faut que vous le sachiez tout seul, car si on connaissait notre faiblesse nous serions anéantis par nos nombreux ennemis au milieu desquels nous sommes presque noyés. Il y a quelques républicains à Fay… les neuf autres communes du canton ne réunissent pas 10 patriotes»

 

Effectivement, la situation des républicains est calamiteuse. Le 25 mars une trentaine de chouans ont attaqué les militaires de Précigné, qui compteront deux tués ; le 1° juin, 200 chouans donnent l'assaut au cantonnement de Souvigné-sur-Sarthe, puis ce sera celui de Poillé-sur-Vègre en juillet. Ce même mois la ville de Noyen-sur-Sarthe est investie. Le 15 juillet la colonne mobile de Bonnétable est accrochée à Saint-Célerin, deux gardes nationaux sont tués. Peu de temps auparavant la même troupe de chouans avait surpris la colonne mobile de La Ferté-Bernard, lui tuant trois hommes aux environs de Saint-Denis-des-Coudrais. A Tuffé attaquée, quatre gardes nationaux sont tués. Une soixantaine de chouans étaient installés dans la forêt de Bonnétable, où ils avaient transformé une chapelle en un véritable fortin, le 20 juillet, un important combat s'y déroule. Depuis le début  juillet on voit passer d’importantes bandes (de 80 à 100 hommes) revêtues d’un semblant d’uniforme : carmagnole bleue et jaune (ou verte)

 

Affolés, les républicains répondent à cette guerilla incessante par un assassinat. Le 31 juillet, ils s'emparent de Tilly d'Escarboville, lequel, ayant fait sa soumission à la République coulait des jours paisibles à son domicile de Saint-Jean-d'Assé, et le fusillent sans autre forme de procès.

 

Les Mécontents

Cependant, les jours du régime en place étaient comptés. Pendant que les Directeurs et leurs satellites, qu’on ne désignait plus que sous le nom de « pourris », menaient des vies de satrapes grâce à une corruption généralisée, la misère du peuple ne cessait de s’aggraver. La dépréciation complète de l’assignat avait ruiné salariés, rentiers et autres créanciers de l’Etat, les impôts ne rentraient plus et tout ce qui était du domaine public était laissé à l’abandon, que ce soient les écoles, les hôpitaux ou les routes, qui présentaient un état épouvantable, avec les conséquences que l'on devine pour le commerce ! Celui-ci étant devenu inexistant, les marchands et, par ricochet les fabricants, licencièrent en masse, livrant sur le pavé une foule de chômeurs désespérés, recrues toutes désignées pour la chouannerie ; les paysans, quant à eux, avaient complètement renoncé à porter leur blé à la ville.

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